LA JANELA + ×

sept jours de dimanche
04.2018

En quittant Paris, je reconnais la banlieue, c’est une sensation, la présence et l’absence en même temps. La puissance du vide m’y rassure.

A minuit, nous arrivons à Bologne, et nous prenons le dernier bus pour le centre-ville. Sans jour, sans le déguisement du jour, c’est la ville qui me visite, je reçois l’espace, j’en ai l’usage, parce que je n’ai pas peur, parce que je suis étrangère. Le terminal des bus me ravit à cause d’un haut-parleur. Il nourrit la lumière avec son mouvement, tout est accidentel, et métronome, un bruit de temps qui visite la nuit. Entre la station de bus et la gare, il y a un café-tabac ouvert 24 heures sur 24, grand et éclairé si fort que les questions se sont achevées. Pour attendre le jour, nous commandons des expressos et de l’eau gazeuse. De là où je suis assise, je regarde l’horloge de la gare.

Au premier départ à 05:22, dans les wagons du train, un long couloir et des alcôves, en fenêtres d’un paysage noir. Une très faible lueur présage l’aube et le profil des montagnes.

Le deuxième train, à 06:40, de Florence à San Giovanni Valdarno, le soleil sur un paysage imprécis. San Giovanni a des rues à l’ombre et le drôle d’escarpin rouge devant la gare. La boulangerie fréquentée par une foule de gens matinaux, les cyclistes, les couples, les seuls, ils viennent prendre le café et la première conversation.

Sur les collines, une maison de pierre, l’heure du matin répétée pour la troisième fois aujourd’hui. Nous avons assez d’altitude pour mesurer l’apesanteur des toits ordonnés en hameaux et assez d’humilité pour nous aligner sur cette grande immobilité, où le seul mouvement est la fumée des feux de branches. Je présente mon front aux montagnes et à la lumière également distantes et aimées. Appartenir aux vignes, aux oliviers, aux cyprès qui ne se sont pas reconnus avec leurs formes d’os et de ventres. C’est la fin de l’hiver, sur les hauteurs, la forêt tombe très doucement en plumeaux colorés comme du coton. Le soir, nous avons visité les ruines d’un château du 16ème siècle puis nous sommes rentrés alors que la nuit finissait de prendre la lumière.

Le lendemain j’ai coupé un bouquet de fleurs jaunes semblables au genêt mais elles n’ont pas son odeur. Le ronflement des colombes me rappelle toujours aux arbres serrés et à la fraîcheur de l’enfance sur Callot. Deux cyprès à l’entrée d’une petite chapelle. Nous prenons la voiture, la brume s’élargit jusqu’à Radda in Chianti. Une ville-colline, escalader les rues, le vin vivant. Les vignes ressemblent à des tresses serrées par les grandes mains des nuages.

L’hiver a fait éclater des nids-de-poule, alors aujourd’hui La Reppublica titre « lecteur, adopte un trou ». Il pleut sur Florence. Un bon café. Depuis l’intérieur d’un bel appartement, l’humidité étouffe une cloche. Je n’ai pas encore idée de la géographie de la ville.

Les ruelles les plus étroites, écartées par le soleil, restent luisantes. La chapelle des Médicis, les documents les plus anciens de la cité, chaleur de couleur jaune, les litres de glace à la pistache. Les typographies ! Les bambini manœuvrent leurs cornets avec désinvolture. Puis à la Piazza Michelangelo la lumière se marie avec blancheur aux palais. En bas, la deuxième enceinte, dans le quartier de San Niccolo, sépare la ville de la ville. Assis au bord d’une place populaire nous nous racontons des histoires en observant les italiens, par exemple, un homme qui porte une bague à chaque annulaire. Il y en a qui viennent remplir leurs bouteilles d’eau gazeuse à la fontaine. Les persiennes s’escamotent à l’heure du linge qui sèche.

Nous sommes de retour à Cavriglia pour le dimanche matin, le clocher de messe. En quelques jours, les cerisiers presque en printemps, et certains des oliviers, vers le bas des collines, ont des ombres. La neige à l’horizon s’est amenuisée depuis le passage des jours lumineux. A présent il y a une brume et aussi les cris des oiseaux entre nous et les montagnes. Le clocher retentit encore, il est seul comme la fumée dans tout.

Livourne. Le plus proche possible de la mer Tyrrhénienne, derrière les remparts médicéens et les canaux.

De passage à Bologne nous n’aurons le temps que pour une seule rue entre le terminal et le centre médiéval, ocre et rose, et pour la nuit à l’aéroport.

Je retrouve ma capitale et sa face livide.